Non, le fait d’être gérant majoritaire salarié d’une SA ou d’une SAS ne vous fait pas gagner davantage que celui de travailleur non salarié (SARL ou EURL) ! Sauf à renoncer à votre couverture maladie, arrêt de travail et invalidité, et à ne plus cotiser pour votre retraite… Pourtant 75% des créateurs d’entreprise optent aujourd’hui pour la SA ou la SAS. L’explication ? Une réforme de 2013 a installé une croyance qui a la vie dure…
Quelques chiffres valent mieux qu’un long débat. Alors, allons droit au but : pour démontrer qu’en 2026, le statut de travailleur non salarié (TNS) est plus rentable que celui de quasi salarié (en SA ou SAS), nous avons fait tourner un logiciel d’optimisation de la rémunération.
Nous avons étudié un cas classique, celui d’un dirigeant marié avec deux enfants à charge, dont le conjoint perçoit des revenus professionnels : 50 000 euros par an.
Puis nous avons posé cette question à notre outil :
Quel est le statut qui garantit à ce dirigeant le revenu « net en poche » (après impôt sur le revenu) le plus élevé, selon que le coût annuel de sa rémunération pour son entreprise s’établit à 70 000, 109 000 ou 180 000 euros ?
Au passage, nous avons demandé au logiciel comment ce « net en poche » optimal devait être réparti entre salaires (ou appointements) et dividendes.
Des écarts minimes entre les deux statuts
Les conclusions sont édifiantes.
Si l’entreprise consacre 70 000 euros par an à la rémunération de son dirigeant, le quasi-salarié en SA ou SAS perçoit 2 000 euros de mieux que le TNS. Pas grand-chose.
Si elle dépense 109 000 euros par an, le bonus du quasi salarié n’est plus que de 1000 euros. Presque rien.
Si elle dépense 180 000 euros par an, le quasi salarié est perdant par rapport au TNS : il touche 4 000 euros de moins !
Le résultat ne varie guère si on refait la simulation avec davantage d’enfants ou des revenus plus élevés pour le conjoint.
Mais surtout, le dirigeant de SA ou SAS doit se payer exclusivement en dividendes pour atteindre son revenu optimal. Il ne se verse pas un centime de salaire.
Perdre sa protection sociale : à éviter à tout prix
En conséquence :
- il renonce à toucher des indemnités journalières en cas de maladie, ou une pension d’invalidité pour les très gros pépins ;
- il ne valide plus aucun trimestre de retraite pour ses vieux jours (adieu le taux plein…)
- il ne peut pas bénéficier du contrat collectif de son entreprise (mutuelle, prévoyance), qui fonctionne toujours en complément d’une couverture Sécurité sociale personnelle.
Personne n’est prêt à prendre de tels risques avec un conjoint et deux enfants à charge. À la moindre maladie sérieuse ou accident de la vie, ce serait la catastrophe.
Alors, ces dirigeants se versent une partie de leur rémunération en salaire, pour avoir au moins une couverture de base. Résultat : leur « net en poche » chute, et le statut de quasi-salarié devient moins avantageux que celui de TNS.
Mais alors, pourquoi continuer à créer dans 75% des cas une SA ou une SAS ?
Pour le comprendre, il faut vous conter une histoire de carotte (fiscale !) et de grenouille…
Dividendes soumis aux charges sociales : la réforme choc de 2013
Commençons par la carotte. En 2013, sous François Hollande, l’État brise un tabou en assujettissant les dividendes des EURL et SARL aux cotisations sociales.
L’objectif est alors de faire barrage à une stratégie d’évitement des dirigeants TNS. En effet, pour payer moins de charges sociales, ils s’attribuaient des appointements modestes (soumis à ces charges) et se rémunéraient majoritairement en dividendes (exonérés).
La réforme est très mal reçue : impossible désormais d’échapper aux charges sociales. Sauf à passer en SA ou en SAS. Car dans ces sociétés, les dirigeants gardent le droit de se verser des dividendes non soumis aux charges sociales.
En quelques mois, les EURL et SARL deviennent un repoussoir et les SA et SAS, un Eldorado. Des dizaines de milliers de décideurs changent la forme juridique de leur société. Comme si l’État avait prémédité et orchestré ce virage, en créant une carotte fiscale pour accélérer le mouvement.
« Ces chefs d’entreprise se sont précipités sans avoir comparé les chiffres, déploreLaurent Moutou, expert en rémunération du dirigeant chez Assufrance. Or, à l’époque, le gain par rapport au statut TNS variait entre 3 et 6% maximum, à condition de se payer uniquement en dividendes, donc en perdant toute protection sociale. Ce qui revenait à exposer sa famille et soi-même à tous les dangers. »
Quand l’allergie à l’impôt fait perdre en lucidité
Certes, il existait une parade : devenir ayant droit de son conjoint salarié pour les frais de santé et la mutuelle, et souscrire un contrat de prévoyance auprès d’un assureur privé pour les arrêts de travail, l’invalidité et le décès. Mais la facture – plusieurs milliers d’euros – effaçait vite les 3 à 6% de gain initial.
Et même à ce tarif, le dirigeant ne cotisait toujours pas pour sa retraite de base. Alors qu’en moyenne, un actif qui met fin à sa carrière peut tabler sur une espérance de vie de vingt ans. Sur une période aussi longue, un revenu versé jusqu’au décès est une garantie précieuse. Sans oublier la réversion dont le conjoint survivant peut bénéficier.
Alors, pourquoi tant de dirigeants ont-ils fait ce mauvais choix ? « Parce que le contribuable français, en particulier le chef d’entreprise, est tellement allergique à l’impôt qu’il est prêt à tout pour y échapper, estime Laurent Moutou. La taxation sociale des dividendes est devenue un mal à fuir à tout prix. Quitte à retenir une solution pire que ce mal. »
Attention, il ne s’agit pas ici d’accabler la SA et la SAS. Elles demeurent une excellente option pour attirer des investisseurs, revendre, préparer une levée de fonds, etc. Mais c’est un autre débat. Nous soulignons simplement que ces deux formes juridiques condamnent le dirigeant à être moins bien rémunéré qu’en SARL ou en EURL.
De 2013 à 2026, des dividendes de SA/SAS toujours plus taxés
Venons-en à la grenouille, second personnage de notre histoire, afin de comprendre pourquoi, 13 ans après cette réforme, les dirigeants croient toujours l’inverse.
Vous connaissez la métaphore de la grenouille plongée dans une casserole d’eau :
- si l’eau est bouillante, la grenouille saute dehors pour fuir ;
- si l’eau est froide et chauffée lentement, la grenouille ne perçoit pas le danger et finit par mourir ébouillantée.
Les dirigeants marqués par la réforme de 2013 vivent un peu ce second scénario. Car au fil des ans, l’État a renforcé la taxation de leurs revenus, étape par étape, sans qu’ils s’en aperçoivent.
Ces dirigeants ont subi en effet :
• la hausse par paliers successifs des prélèvements sociaux (à ne pas confondre avec les charges sociales) sur les revenus du capital : de 6,8% en 2012, ils sont passés de 18,6% début 2026. Quasiment trois fois plus !
• la création en 2016 de la Protection universelle maladie (PUMA), d’où une taxation de presque 8% sur leurs dividendes et leurs autres revenus financiers.
• la hausse du PFU au 1er janvier 2026 : il est passé de 30% à 31,4%.
À l’inverse, la situation des TNS s’est améliorée depuis la réforme de leurs charges sociales début 2026. Celle-ci leur apporte plus de droits à la retraite et allège leur CSG-CRDS, à cotisations sociales inchangées : l’avantage en leur faveur augmente encore.
Pour en avoir le cœur net : l’étude de statut du dirigeant
Ces chiffres vous surprennent ? Vous vous demandez si vous avez fait le bon choix ? Ou combien vous pourriez gagner en devenant TNS ?
La meilleure façon d’en avoir le cœur net, c’est de nous confier une étude de statut du dirigeant.
« Celle-ci se base sur des éléments factuels, décrit Laurent Moutou : revenus et situation de famille de l’intéressé, écart de rémunération entre TNS et quasi salarié dans son cas, protection en cas d’arrêt de travail prolongé, d’invalidité ou de décès, estimation de la future pension de retraite, etc. On regarde absolument tout, pour faire un choix éclairé. »
Assufrance mène chaque année environ 25 études de ce type. Les conclusions, personnalisées au cas par cas, sont livrées en deux à trois semaines. Alors, oubliez les carottes, les grenouilles et les idées reçues : déterminez chiffres à l’appui la solution la plus avantageuse pour vous.
Tableau : Marié sans enfant, sans autres revenus, capital social 8000€
| SAL | TNS | SAL | TNS | SAL | TNS | SAL | TNS | |
| Sans PFU | Sans PFU | Sans PFU | Avec PFU | Sans PFU | Avec PFU | Sans PFU | Avec PFU | |
| Coût Entreprise | 70.000€ | 70.000€ | 109.000€ | 109.000€ | 180.000€ | 180.000€ | 290.000€ | 290.000€ |
| Salaire/Appts | 0€ | 48.000€ | 0€ | 68.000€ | 0€ | 89.000€ | 0€ | 173.000€ |
| Dividendes | 57.000€ | 0€ | 86.000€ | 7.000€ | 139.000€ | 36.000€ | 222.000€ | 36.000€ |
| Rému avant IR | 57.000€ | 48.000€ | 86.000€ | 75.000€ | 139.000€ | 125.000€ | 222.000€ | 209.000€ |
| Rému nette après IR | 46.500€ | 46.000€ | 68.000€ | 69.000€ | 104.000€ | 109.000€ | 159.000€ | 169.000€ |
Tableau : Marié deux enfants à charge conjoint 50.000€ revenus professionnels nets
| SALARIE Sa/Sas | TNS Sarl/ Eurl | SALARIE Sa/Sas | TNS Sarl/ Eurl | SALARIE Sa/Sas | TNS Sarl/ Eurl | |||
| Avec PFU | Avec PFU | Avec PFU | Avec PFU | Avec PFU | Avec PFU | |||
| Coût Entreprise | 70.000€ | 70.000€ | 109.000€ | 109.000€ | 180.000€ | 180.000€ | ||
| Salaire/Appts | 0€ | 25.000€ | 0€ | 35.000€ | 0€ | 89.000€ | ||
| Dividendes | 57.000€ | 21.000€ | 86.000€ | 36.000€ | 139.000€ | 36.000€ | ||
| Revenus du couple après IR | 90.000€ | 88.000€ | 109.000€ | 108.000€ | 144.000€ | 148.000€ |